http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/02/26/le-christ-grec-de-la-tragedie-aux-evangiles-de-bruno-delorme_1160547_3260.html
Bruno Delorme part d’un constat et pose une question : le message d’un obscur prédicateur juif des années 30 de notre ère constitue le fondement d’une religion universelle. Comment cela a-t-il été possible ? Les croyants ou les théologiens répondront simplement parce que c’était la vérité, mais la réponse ne satisfera évidemment pas l’historien, croyant ou non. Car s’il suffisait de dire vrai pour être entendu de la Terre entière…
Bruno Delorme défend avec conviction et pertinence la thèse que les textes fondateurs du christianisme, Evangiles et Actes des Apôtres, élaborés une génération après la mort de Jésus de Nazareth, n’empruntent à peu près rien à la tradition juive et araméenne, mais beaucoup à l’hellénisme : sa langue d’abord, ses méthodes d’expression ensuite. Pour Bruno Delorme, “aucune production littéraire judaïque n’a pu leur servir de source ni de modèle” et, même s’il peut y avoir un substrat araméen réduit à des traditions orales, cela n’explique pas l’élaboration d’”un ensemble d’écrits complets parfaitement rédigés en grec”.
Il faut donc recourir à d’autres hypothèses, plus riches de sens. Delorme relève que l’Antiquité n’a cessé d’imiter ce qui s’était fait auparavant, quitte à en modifier insensiblement certains aspects mais sans jamais s’en vanter ; car l’innovation n’est jamais valorisée, et tout l’art consiste dans la mimésis, l’imitation. Daniel Marguerat a montré naguère tout ce que Luc, dans les Actes des Apôtres, devait à la tradition historique grecque. Il en va de même pour les Evangiles, qui s’élaborent sur un arrière-plan de tragédie grecque, de dialogues platoniciens, de traités aristotéliciens et de romans hellénistiques. Ils apparaissent alors comme des “compositions tragico-romanesques ou des romans tragiques, mais avec cette caractéristique nouvelle et singulière, comparativement aux tragédies antiques, de comporter un dénouement heureux”, la résurrection.
On a noté depuis longtemps certains emprunts aux grands auteurs de l’Antiquité (L’Odyssée n’est pas étrangère aux errances de Paul en Méditerranée, le procès de Socrate se trouve à l’arrière-plan de la Passion). Rompus aux techniques de la rhétorique grecque, maniant avec bonheur le sens du tragique et du théâtre, brossant un portrait de Jésus en héros mélancolique au sens antique – ce qui ressort de son recours constant à la métaphore et à la parabole -, les évangélistes transforment le prédicateur galiléen en un Christ à la fois “si parfait et si humain” qu’il conduit à une sorte de “prise d’otage affective (…) qui prend au dépourvu tout auditeur ou tout lecteur, le gagne peu à peu à sa cause et en fait un croyant presque malgré lui”.
“ACCÉDER À L’UNIVERSEL”
Conformément aux règles élémentaires de la rhétorique grecque, l’important dans les Evangiles n’est pas la réalité historique des faits, mais leur vraisemblance et leur agencement de manière à susciter la foi. On comprend du coup que l’historicité de Jésus – que Delorme ne remet pas en cause – importe peu en définitive : la figure du Christ domine de très loin celle de Jésus de Nazareth ; si celui-ci appartient à l’histoire, ce n’est pas cette vérité-là qui emporte la conviction du croyant, mais bien la figure du Christ, construite avec le maximum de vraisemblance. Or celle-ci “n’aurait jamais pu seulement émerger du terreau judéen et palestinien sans le formidable levier de la rhétorique grecque qui, par son génie de la mise en scène tragique et la puissance de persuasion qu’elle recèle, a permis à celui-ci d’accéder à l’universel qui est toujours le sien”.
La démonstration de Bruno Delorme, rondement menée, dans une langue d’une clarté exemplaire, a le grand mérite de ne pas isoler les auteurs des premiers textes chrétiens du monde où ils vivent, et dont ils sont nécessairement solidaires des cadres intellectuels, philosophiques, artistiques et politiques. Comment ignorer que le culte des souverains, qui se développe alors sous la forme du culte impérial, est le modèle même de la transformation d’un mortel en être divin ?
Alors qu’il est de bon ton dans la théologie contemporaine d’insister sur les origines juives et le milieu araméen de Jésus – ce qui est une évidence -, on a trop tendance à négliger la dimension proprement grecque de l’élaboration de la figure du Christ, la seule qui explique son rayonnement universel.
Maurice Sartre
LE CHRIST GREC. DE LA TRAGÉDIE AUX ÉVANGILES de Bruno Delorme. Bayard, 192 p., 20 €.
Réflexion de Socrate , :Même moi , je suis largué par le journaliste du monde. Le magique chemin du Christ est un chemin de l ‘art d’être encore crucifié par le monde romain argumenté de superstitions et de jargon mystique sans une juste règle
Bruno Delorme est un véritable enragé de la bible unique du centre du monde des chrétiens .Il est radicalement dans le vrai ,d’ un point de vue historique, si je peux me permettre .Ma magie de la même bible a le même sens que lui avec moins de talent .Il est vraiment entendu dans le ciel des chrétiens.
l ‘Odyssée n ‘est pas un amas de constructions en vue de perpétuer une initiation christique mais un chemin de la vie sans ménagement de peine, sans le marasme de l ‘habitude des vieux époux .Le pari de Delorme est un régal de de la réflexion de ces merveilleux écrivains marginaux français .





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