http://jcheckers.wordpress.com/2009/09/10/je-dois-etre-aveugle-ou-parfaitement-idiot/
Jean-Christophe Heckers :
« Il m’arrive de rentrer dans certains musées. J’en ressors la plupart du temps avec pour seule réflexion que l’art est vraiment devenu une vaste entreprise de foutage de gueule, une perverse escroquerie intellectuelle, et là croyez-moi je reste encore bien poli. On se permet décidément n’importe quoi avec des justifications qui tombent carrément dans l’outrecuidance (le jugement d’autorité, c’est bien pratique pour faire taire les «ignares» dont je suis) »
Ce n ‘est pas moi qui le dit , c’eut été déplacé de la part d’ une artiste , mais réagir via un article et un viatique excellent .Les mots sont doux , hardis , comme un monument de rage bâti sur le caractère corrompu de certains exposants actuels , que ce soit avec la bénédiction de
Jean-Jacques Aillagon, le président du Domaine National de Versailles, qui confond Versailles et le au carreau du temple ou le galeriste nouveau -né qui loue ses murs en se bouchant le nez et les oreilles .
ART OU GÉRIATRIE





Je vais rajouter quelques mots qui (ici aussi) n’engagent que moi.
Je recherchais vainement hier à résumer mon sentiment, et j’ai fini par trouver ce que je voulais exprimer: l’irritation devant la facilité agrémentée de prétention. La sincérité du geste s’efface devant la nécessité de pouvoir susciter un verbiage incessant, comme s’il n’y avait plus d’issue pour l’art que d’être discours sur l’art. La potentialité discursive prime sur l’acte créateur, lequel perd de sa raison d’être.
Si la question «qu’est-ce que l’art» ne peut trouver qu’un semblant de fantomatique début de réponse au terme d’un cheminement ardu nécessairement inachevable, elle peut être rapidement contournée: est art ce qui est désigné en tant qu’art. C’est le musée ou la galerie qui fait l’œuvre, en quelque sorte. Une caisse en bois peut très bien changer de statut en fonction de l’endroit où elle est placée: sur le trottoir elle sera déchet encombrant, et dans un lieu autorisé, dûment étiquetée, elle sera art. Voilà ce que j’entends (pour une part) en parlant de facilité(1): la déconcertante possibilité de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et éventuellement de nous le faire payer très cher. La prétention suit: puisque la caisse est exposée en tant qu’œuvre, il faut se hâter de justifier cette essence, et lui fabriquer une légitimité via une glose savante. Et l’artiste complaisant d’acquiescer aux commentaires savants. Il en va de sa reconnaissance (en tant qu’artiste et en tant que valeur marchande), et qu’importe s’il faut sacrifier son authenticité…
Et l’artiste sincère, qui ne se soucie pas de faire pauvre ou de faire touffu parce que c’est dans l’air du temps, qui produit une œuvre correspondant à sa propre trajectoire sans se soumettre aux fluctuations du marché, qui ne se plie pas aux jugements péremptoires du microcosme artistique, d’être submergé par la masse des opportunistes. (C’est vrai aussi en littérature. J’ai en tête quelques noms d’auteurs dont la singularité fait qu’ils ne trouvent pas le chemin des éditeurs, alors qu’ils le mériteraient mille fois. Mais que voulez-vous, ils n’ont pas de potentiel marchand, parce qu’ils réclament un effort de lecture qui n’est plus de saison).
Nombreux sont ceux qu’il faudrait blâmer dans ce que je vois comme l’étouffement actuel de l’art. Institutionnels (quelle que soit leur coloration politique), artistes (du moins étiquetés tels), amateurs, qui favorisent le labour à l’envi des mêmes sillons, qui ont pour principale qualité d’être rentables. Peut-être n’est-ce qu’une mauvaise passe. Une de ces crises qui provoquent des sursauts salutaires. Pourvu qu’elle ne tarde pas trop…
(1) La simplicité n’est pas nécessairement synonyme de facilité. Au contraire, se dépouiller des effets superflus est ce qu’il y a de plus difficile et requiert un long parcours. Mais la simplicité est aussi la voie la plus directe pour se permettre les facilités. Distinguer l’inepte de ce qui fait sens devient alors très difficile, mais j’ai mon truc: plus ça bavarde autour, plus je me méfie. En revanche, devant une accumulation de matériaux hétéroclites ou de barbouillages d’où ne surgit aucun ordre, pour moi le message est clair: dans la confusion réside la preuve qu’il n’y a aucune démarche, et qu’on me prend vraiment pour un crétin.