PARCE QUE de part et d’ autre de la Méditerranée ceux qui sont nés sur cette terre, qui l ‘aiment ne peuvent s’en détacher, plus que jamais en ce mois de novembre 2009, 55 ans après les évènements dramatiques qui ont secoué et divisé ce pays , il est temps de comprendre et aimer ce Jean El Mouhoub Amrouche, parceque c’est lui , notre frère .
Hocine Lamriben, Journaliste à El Watan , me fait partager et entrer dans l ‘ univers de Jean El Mouhoub Amrouche , cet humaniste “‘ fils d’une double vérité”.
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages et de nombreux articles, Jacques Berque((1910-1995) est Islamologue parmi les plus réputés, ethnographe, sociologue, linguiste et historien. Outre ses études sur les structures sociales des pays du Maghreb ou du Moyen-Orient, il n’a pas cessé de dénoncer l’autoritarisme bureaucratique du colonialisme et les méfaits de la guerre d’Algérie.Il a rencontré Jean El Mouhoub Amrouche, quelques temps avant sa disparition, le 16 avril 1962. Témoignage:
« Il était déjà très malade. Je suis entré dans sa chambre. Il tenait sur son lit un appareil ”transistor”. D’un moment à l’autre, on attendait les résultats des pourparlers d’Evian. Pendant que se combinait cet acte de veille diplomatie, notre dialogue se poursuivait. Je lui avais porté mon dernier livre, Le Maghreb entre deux guerres, ainsi dédicacé :” A Jean Amrouche, fils d’une double vérité”. Il a lu la dédicace et il m’a dit : “Oui, c’est bien vrai. Ce n’est pas un hasard, su je sois malade”. Et j’ai compris qu’il voulait dire :” Ce n’est pas un hasard si je meurs”.
Pourtant, elle aurait été bien nécessaire la vie d’ Amrouche à ce pas qui reconquérait par la liberté politique le droit d’être lui-même, c’est-à-dire en un sens, le droit d’être fidèle à l’Autre. Au cours des dernières années, Amrouche avait prodigué bien des preuves de sa fidélité.
Plus profondément, plus douloureusement que tout autre, il avait analysé l’âme d’un peuple,-mais c’était aussi son âme- les rapport subtils de l’animus et de l’anima. Comment les réconcilier ? Comment faire qu’une culture, quelque peu subie, mais plus encore choisie, ne contrarie pas notre souffle le plus profond ? Tel était, en effet, le problème de ce peuple. Et tel est celui du poète, qui vingt ans auparavant avait chanté la bandit d’honneur kabyle, roulant sa cigarette au haut de la montagne. Malheur ! Le tabac avait l’amertume du laurier-roses !…”"”
Par Jacques Berque, In Normes et valeurs dans l’islam contemporain
Paris: Fayot, 1966, p174.




